Étude des fourmis du genre Myrmica dans la réserve naturelle des gorges de la Loire

C’est dans les années 1990 que l’azuré du serpolet (Maculinea arion) a été découvert dans les gorges de la Loire. Strictement protégé en France, ce rhopalocère, ou papillon de jour, est classé « menacée » à l’échelle européenne.

Depuis sa découverte dans les gorges, il fait l’objet d’une surveillance attentive et régulière : avec le début de la gestion effective de la réserve naturelle en 2012, plusieurs suivis ont eu lieu afin de connaître l’abondance de la population, sa répartition ou encore le potentiel d’accueil du territoire pour cette espèce.

En 2016, une importance étude de recherche a été lancée par la FRAPNA Loire avec pour objectif de connaître les niveaux d’interactions de l’azuré avec sa fourmi hôte, Myrmica sabuleti.

En effet, les fourmis (et en particulier celles du genre Myrmica), revêtent une importance toute particulière pour Maculinea arion car elles sont, avec une plante, des hôtes obligatoires des papillons Maculinea. Une fois fécondées, les femelles du papillon commencent par pondre au niveau des inflorescences de thym sauvage (Thymus pulegioides et T. praecox) ou d’origan (Origanum vulgare), qui serviront à nourrir les chenilles. Après la dernière mue larvaire, les chenilles se laissent tomber à terre. Elles sécrètent alors des molécules très proches de celles des larves de Myrmica qui favorisent l’ « adoption » par les fourmis. Celles-ci vont alors les transporter jusqu’à la fourmilière où elles bénéficieront d’une protection et d’une importante réserve de nourriture en consommant le couvain. Elles y resteront environ 10 mois avant de se nymphoser durant l’hiver. Une fois leur transformation achevée, les adultes s’envoleront pour leur vie aérienne.
En l’absence de fourmis, il est donc impossible pour l’azuré du serpolet d’assurer la totalité de son cycle de vie. Si les densités de Myrmica sont trop faibles, la survie à long terme des populations d’azuré est incertaine. Le papillon est donc fortement dépendant de la présence et de la densité des fourmis hôtes sur la station considérée.

Suivi des fourmis Myrmica

Dans le cadre du 1er plan de gestion 2012-2016 de la réserve naturelle, un protocole d’échantillonnage normalisé a donc été mis en place sur une parcelle proche de la Maison de la réserve, située au lieu-dit Condamine (Saint-Victor-sur-Loire). Le choix de la parcelle d’étude est justifié par la présence avérée de l’azuré du serpolet et de sa plante hôte. Le protocole mis en place doit permettre d’évaluer :
• la présence de fourmis du genre Myrmica,
• la répartition spatiale des fourmis à l’échelle de la parcelle,
• la diversité de la communauté de fourmis à laquelle est confrontée.

Ce protocole est basé sur un échantillonnage par appâts puis collecte. Entre mai et juin 2016, deux sessions de collecte ont été organisées avec pose 100 appâts/session. Le nombre de 100 appâts est l’optimal préconisé si l’on veut avoir une vision réaliste de la communauté de fourmis présente avec un effort d’échantillonnage le plus limité possible. Il est relativement simple d’attirer les fourmis du genre Myrmica, les appâts sont constitués d’une goutte de miel et d’un morceau de rillettes de saumon disposés sur un petit morceau de carton déposé au sol. Attirés par le mélange, les fourmis sont aspirées via un aspirateur à bouche et conservées dans un mélange d’alcool. La détermination des échantillons est ensuite réalisée à l’aide d’une loupe binoculaire.

Suivi de fourmis Myrmica

À ce jour, toutes les fourmis collectées en 2016 n’ont pas encore été déterminées. L’identification des fourmis au genre est assez aisée mais beaucoup plus complexe et chronophage lorsqu’il s’agit de déterminer l’espèce. Néanmoins, le premier examen des échantillons a permis d’établir un résultat partiel : plus de la moitié des individus collectés dans le cadre de cette étude sont du genre Myrmica.

Des relevés complémentaires seront mis en œuvre par la FRAPNA Loire au cours de l’année 2018. Ces relevés concerneront :
• la cartographie de l’ensemble des stations de thym sauvage sur la parcelle,
• la recherche active de fourmilières et leur cartographie.

Les données collectées seront ensuite croisées avec celles obtenues en 2016 et analysées. Ce travail débouchera sur l’élaboration de préconisations de gestion pour la Réserve naturelle des gorges de la Loire.